Aller au contenu principal

Améliorer l’enregistrement des naissances pour une Afrique inclusive

Africa CRVS Day

Selon un article paru dans un numéro de 2007 de la revue The Lancet, en Afrique et en Asie la plupart des naissances et des décès ne laissent aucune trace dans les dossiers juridiques ou les statistiques officielles. L’auteur de l’article présente ce fait comme un « scandale de l’invisibilité ».

Des progrès importants ont été accomplis depuis lors. En 2015, les dirigeants mondiaux ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030, dont un objectif est de garantir à tous une identité juridique. Il reconnaît en outre l’importance des systèmes d’enregistrement et de statistiques de l’état civil (ESEC) pour suivre la progression de 12 des 17 objectifs de développement durable.

Les pays africains se sont engagés à enregistrer la naissance de chaque enfant dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. En 2013, le Programme pour l’amélioration accélérée de l’enregistrement des faits d’état civil et de l’établissement des statistiques de l’état civil en Afrique (APAI-CRVS) a été créé pour guider et accélérer les améliorations des systèmes d’enregistrement et de statistiques de l’état civil (ESEC) dans tout le continent.

Mais les changements ne se produisent pas assez vite. En Afrique subsaharienne, 95 millions d’enfants de moins de 5 ans n’ont jamais été recensés dans le système d’enregistrement de l’état civil et 120 millions n’ont pas de certificat de naissance. Si les tendances actuelles se maintiennent, près de 115 millions d’enfants seront non enregistrés d’ici 2030. En d’autres mots, ils n’existeront pas d’un point de vue juridique.

Vidéo: Et si vous n'aviez pas de certificat de naissance ?

Les femmes et les enfants sont confrontés à un cercle vicieux d’exclusion

Les filles sont moins susceptibles d’être enregistrées que les garçons dans plusieurs pays d’Afrique, dont le Nigéria, la Guinée-Bissau, la Namibie, le Niger et le Soudan. Sans certificat de naissance, ces filles luttent pour exercer leurs droits, accéder aux services publics et obtenir une protection sociale. Leur exclusion crée des inégalités qui persistent tout au long de leur vie et sont transmises à leurs enfants. Elle entraîne également des lacunes dans les données, qui empêchent les gouvernements de planifier des politiques efficaces.

Les femmes et les enfants sont confrontés à un grand nombre d’obstacles auxquels les hommes font face – notamment la pauvreté, l’éloignement des services d’enregistrement, l’éducation limitée, l’appartenance ethnique et le handicap. Mais pour les femmes et les enfants, ces obstacles interagissent avec les normes sociales patriarcales et les renforcent, comme le manque d’autonomie, les déséquilibres de pouvoir et les pratiques dangereuses.

Par exemple, les bureaux d’enregistrement sont souvent difficiles d’accès pour les habitants des zones rurales. Mais ils sont particulièrement inaccessibles aux femmes, dont l’indépendance financière et la liberté de mouvement peuvent être limitées par des coutumes locales et des responsabilités domestiques.

De nombreux efforts louables sont déployés pour améliorer l’accès des groupes vulnérables et défavorisés aux services d’enregistrement de l’état civil. Pourtant, rares sont ceux qui soulignent précisément les dimensions sexospécifiques de l’inégalité dans l’enregistrement de l’état civil.

Stratégies pour rendre l’enregistrement de l’état civil inclusif

Les systèmes d’ESEC offrent des possibilités de rééquilibrer les inégalités entre les sexes, et il existe divers moyens d’améliorer l’enregistrement des faits d’état civil pour les femmes, les enfants et d’autres populations vulnérables. En voici quelques-uns :

Rendre l’enregistrement des naissances gratuit

Environ 370 millions d’enfants (à peu près trois sur quatre) vivent dans des pays d’Afrique subsaharienne qui imposent des frais pour l’enregistrement de naissances. La suppression de ces frais réduirait les obstacles auxquels se heurtent les personnes vivant dans la pauvreté ou ayant une autonomie financière limitée.

Réduire la distance des bureaux d’enregistrement

Une façon d’y parvenir est de lier l’enregistrement des naissances à la prestation de soins de santé, en particulier les services prénatals et de maternité. Cette approche transfère le fardeau de l’enregistrement des femmes aux administrateurs de la santé, qui sont davantage en mesure d’interagir avec les bureaux d’enregistrement des faits d’état civil.

Supprimer les obstacles inhérents aux lois et règlements

Certains pays exigent que les femmes non mariées révèlent l’identité du père de leur enfant. La stigmatisation associée à l’accouchement hors mariage décourage souvent les femmes d’enregistrer la naissance de leur enfant. L’ONU recommande donc que l’information sur l’état matrimonial de la mère ne soit pas incluse dans un document juridique à moins qu’il y ait des raisons impérieuses de le faire.

Faire tomber les barrières sociales et culturelles

Certains obstacles à l’enregistrement des faits d’état civil sont inhérents au tissu même d’une société. Nous pourrons peut-être redéfinir ces obstacles au fil du temps en les étudiant dans des contextes précis et en travaillant en étroite collaboration avec les collectivités locales.

Faire participer les femmes en tant que militantes de l’ESEC

Les femmes sont particulièrement bien placées pour aider à faciliter et à défendre les systèmes d’ESEC. Elles représentent 67 % de la main-d’oeuvre formelle dans le domaine de la santé dans le monde et elles sont souvent les principales aidantes pour les soins à domicile, ce qui les rend bien informées des événements démographiques dans leur famille et leur collectivité. Il est possible de renforcer les systèmes d’ESEC en perfectionnant le rôle des femmes dans la prestation des soins de santé – par exemple, au Rwanda, les travailleurs de la santé informent le service de l’état civil des décès et effectuent des autopsies verbales.

Améliorer notre compréhension du genre et de l’ESEC

Les décideurs ont besoin de plus de données probantes sur les inégalités entre les sexes dans l’enregistrement des faits d’état civil pour bâtir des systèmes d’ESEC inclusifs et universels. Le Centre d’excellence pour les systèmes d’enregistrement et de statistiques de l’état civil contribue à combler cette lacune en publiant des synthèses de connaissances sur le genre.

Vous voulez en savoir plus sur les sujets abordés dans cet article? Téléchargez le quatrième article dans notre deuxième synthèse de connaissances : Favoriser l’autonomisation des femmes et des filles au moyen d’un système d’enregistrement de l’état civil.